Le DEC est la dernière marche du parcours. Après le DCG, le DSCG et trois années de stage en cabinet, il reste trois épreuves à franchir pour obtenir le titre et demander son inscription au tableau de l'Ordre. Peu de diplômes français exigent autant de constance sur une durée aussi longue : huit à dix ans entre la première année de DCG et le moment où l'on signe ses premiers comptes annuels en son nom.
Ce guide fait le point sur les conditions d'inscription, la nature exacte des trois épreuves, la mécanique du mémoire, les chiffres réels de réussite et les évolutions réglementaires qui entrent en vigueur en 2026 et 2027. Que vous soyez expert-comptable stagiaire en dernière année ou associé qui accompagne un collaborateur vers le diplôme, l'objectif est le même : savoir précisément à quoi s'attendre.

Qu'est-ce que le DEC exactement ?
Le Diplôme d'Expertise Comptable est un diplôme d'État de niveau bac+8. Il est délivré par le ministère de l'Enseignement supérieur, et organisé par le SIEC. Il ne s'agit pas d'un diplôme universitaire classique : c'est un examen professionnel, conçu pour valider une aptitude à exercer, pas seulement des connaissances académiques.
Son obtention ouvre deux portes. La première est l'inscription au tableau de l'Ordre des experts-comptables, qui autorise l'exercice sous son propre nom, la signature des comptes et l'installation en libéral. La seconde est l'accès aux fonctions de commissaire aux comptes, sous réserve des conditions propres à cette activité.
Sans le DEC, un professionnel peut construire une belle carrière technique en cabinet, jusqu'à directeur de mission ou responsable de pôle. Mais il ne peut ni signer, ni s'associer en tant qu'expert-comptable, ni créer sa structure. C'est cette bascule qui explique l'attachement de la profession à ce diplôme.
Les conditions pour s'inscrire au DEC
Deux conditions cumulatives doivent être remplies.
Être titulaire du DSCG ou d'un titre admis en dispense. C'est le socle académique. Les candidats issus d'un master CCA reconnu bénéficient de dispenses partielles au DSCG, mais les unités d'enseignement les plus techniques restent à passer. Ce point est développé dans notre analyse des meilleures écoles pour préparer le DCG et le DSCG.
Justifier de l'attestation de fin de stage, délivrée par le conseil régional de l'Ordre à l'issue des trois années de stage professionnel. Cette attestation n'est pas éternelle : elle est valable six ans à compter de sa délivrance, avec une prolongation exceptionnelle possible de deux ans. Autrement dit, un stagiaire qui repousse indéfiniment sa préparation prend un risque réel de forclusion.
Le déroulé de ces trois années, les obligations de formation et les documents de suivi sont détaillés dans notre article sur le stage d'expertise comptable année par année.
Deux sessions sont organisées chaque année, en mai et en novembre. Les épreuves écrites se déroulent en région, les soutenances de mémoire en Île-de-France.
Les trois épreuves du DEC
Le diplôme repose sur trois épreuves, notées sur 20, avec des coefficients très déséquilibrés. C'est une donnée stratégique : le mémoire et la révision légale pèsent à eux seuls sept huitièmes de la note finale.
| Épreuve | Nature | Durée | Coefficient | Note éliminatoire |
|---|---|---|---|---|
| N°1 Réglementation professionnelle et déontologie | Écrit sous forme de questions | 1 heure | 1 | Sous 6/20 |
| N°2 Révision légale et contractuelle des comptes | Étude de cas écrite | 4 h 30 | 3 | Sous 6/20 |
| N°3 Mémoire | Rédaction et soutenance orale | 1 heure maximum | 4 | Sous 10/20 |
Le diplôme est délivré aux candidats qui obtiennent une moyenne générale de 10/20 sur les trois épreuves, sans aucune note éliminatoire. Une excellente moyenne ne rattrape jamais une note éliminatoire.
Épreuve 1 : déontologie et réglementation professionnelle
C'est l'épreuve la mieux réussie du diplôme. À la session de novembre 2025, la moyenne s'établissait à 12,55/20 et 87,6 % des candidats ont obtenu au moins la moyenne. Un point de vigilance revient session après session : la partie consacrée à la déontologie du commissaire aux comptes est nettement moins bien traitée que celle relative à l'expert-comptable. C'est souvent là que se logent les points perdus.
Épreuve 2 : révision légale et contractuelle des comptes
C'est le vrai filtre du DEC. À la session de novembre 2025, la moyenne s'établissait à 7,16/20, avec seulement 10,8 % de candidats à la moyenne et 26,9 % de notes éliminatoires. Une étude de cas de quatre heures trente, dense, qui sanctionne le manque d'entraînement en temps réel.
Le jury donne des conseils constants : organiser sa documentation pour retrouver l'information vite, lire l'intégralité du sujet avant de composer, ne pas s'enfermer sur une question au détriment des autres, et ne pas traiter les dossiers indépendants dans leur ordre d'apparition. Refaire les annales en conditions réelles reste le meilleur entraînement.
Épreuve 3 : le mémoire et sa soutenance
Coefficient 4, note éliminatoire fixée à 10/20 et non à 6/20 : le mémoire est l'épreuve qui décide. À la session de novembre 2025, la moyenne s'établissait à 11,21/20, avec 77,6 % de candidats à la moyenne et 22,4 % de notes éliminatoires. Le volume de soutenances a atteint un record historique avec 1 244 candidats.
Le mémoire : la mécanique à maîtriser
Le mémoire porte sur une ou plusieurs activités relevant de l'expertise comptable ou du commissariat aux comptes. Il ne s'agit pas d'un exercice universitaire mais d'un travail de recherche appliqué, ancré dans l'expérience professionnelle du candidat.
L'agrément du sujet est un préalable obligatoire. Le candidat soumet une notice au jury national. Le format attendu est de cinq à huit pages : les demandes qui dépassent significativement cette norme sont renvoyées sans examen. Une fois l'agrément obtenu, le titre et le plan sont figés. Le jury le rappelle sans ambiguïté : l'agrément est un contrat, et présenter en soutenance un mémoire dont le plan a bougé trahit une réflexion insuffisamment mûrie au moment de la demande.
Les contraintes de dépôt sont strictes. Les mémoires sont déposés sur la plateforme DEXCO, l'ensemble des fichiers ne devant pas excéder 60 Mo. Les annexes sont plafonnées à 100 pages et doivent respecter les règles de confidentialité applicables aux dossiers clients. La présentation et l'orthographe font l'objet d'une attention particulière du jury.
Intelligence artificielle : ce que le jury autorise
La position du jury national est désormais explicite. Le recours à l'IA n'est pas interdit pour l'assistance linguistique et la mise en forme, l'idéation et la structuration, la recherche et la synthèse documentaire, l'analyse technique et la simulation.
En revanche, l'IA ne peut en aucun cas se substituer à la rédaction de tout ou partie du mémoire. Le jury contrôle son usage par la détection des biais qu'elle induit. La ligne est claire : l'outil peut assister le travail, il ne peut pas le produire.
Les chiffres réels de réussite
Le DEC n'est pas un examen à taux de réussite marginal, contrairement à une idée répandue. La sélection s'est en réalité opérée en amont, au DCG puis au DSCG, et sur la capacité à valider le stage.
| Session | Candidats présents | Diplômés | Taux de réussite |
|---|---|---|---|
| Mai 2025 | 2 258 | 614 | 59,60 % |
| Novembre 2025 | 2 633 | 825 | 56,86 % |
| Mai 2026 | 2 603 | Non communiqué à ce stade | 69,17 % |
Sur l'ensemble de l'année 2025, 1 439 candidats ont été diplômés par la voie de l'examen. Le nombre d'inscriptions progresse nettement, signe d'une profession qui attire toujours. La session de mai 2026 a battu le record d'affluence pour un printemps, en hausse de plus de 15 % par rapport à mai 2025.
Autre donnée à connaître : les moyennes générales sont serrées. À la session de novembre 2025, 71,4 % des diplômés se situaient entre 10 et 11,99 de moyenne. On ne passe pas le DEC avec de la marge, on le passe de justesse et cela suffit.
Ce qui change avec l'arrêté du 23 avril 2026
Un arrêté publié au Bulletin officiel de l'enseignement supérieur modifie plusieurs règles du jeu. Deux évolutions méritent d'être anticipées.
Sur la conservation des notes, applicable dès la session d'automne 2026 : toute note supérieure ou égale à 10/20 est conservée pendant les huit sessions suivantes, sans possibilité de repasser l'épreuve concernée. Pour les épreuves 1 et 2, une note comprise entre 6 et 10 peut également être conservée sur demande du candidat, pendant huit sessions.
Sur l'agrément du mémoire, applicable à partir de la session de printemps 2027 : la décision d'agrément est communiquée au candidat dans un délai de deux mois à compter de sa demande, et sa validité est fixée à quatre sessions. Passé ce délai sans soutenance, elle devient caduque. Point important, le dépôt d'une nouvelle demande d'agrément entraîne la renonciation définitive à tout agrément obtenu antérieurement. Pour la session 2026, la règle antérieure s'applique encore : le sujet doit être proposé à l'agrément six mois au moins avant le début des épreuves de la session de soutenance.
Après le DEC : quatre trajectoires
Le diplôme en poche, les options s'ouvrent réellement.
Rester salarié en cabinet, avec un autre statut. Le DEC change le positionnement d'un directeur de mission dans les négociations internes, et déverrouille l'accès aux fonctions de direction. Les cabinets structurent d'ailleurs de plus en plus leurs perspectives d'évolution, comme le montre cette analyse du parcours collaborateur en expertise comptable.
S'associer. C'est la voie classique, souvent dans le cabinet où le stage a été effectué. Elle suppose une discussion sur la valorisation des parts et sur le rôle attendu.
Créer son cabinet. Les douze premiers mois conditionnent la trajectoire entière de la structure : mix clients, politique d'honoraires, process internes. Le guide de Liberall Conseil sur la première année d'un cabinet d'expertise comptable détaille les erreurs les plus fréquentes à ce stade.
Reprendre un cabinet existant. Le contexte démographique de la profession multiplie les opportunités de transmission. Les questions de valorisation, de confidentialité et de négociation relèvent alors d'un accompagnement spécialisé, comme celui proposé par Liberall Sellside sur les cessions de cabinets.
Quelle que soit l'orientation retenue, le marché reste tendu sur les profils diplômés. Un tour d'horizon des offres en cabinet d'expertise comptable et des fiches cabinets qui recrutent donne rapidement une idée du niveau de rémunération et des responsabilités accessibles après le diplôme.
Ce qu'il faut retenir
Le DEC se joue sur deux épreuves : la révision légale, qui élimine près d'un candidat sur quatre, et le mémoire, qui pèse la moitié du coefficient total et dont la note éliminatoire est fixée à 10/20. L'épreuve de déontologie, elle, se sécurise.
Le vrai facteur de réussite n'est pas le niveau technique brut, mais l'anticipation : choisir un sujet de mémoire solide et l'agréer tôt, s'entraîner en temps réel sur les annales de révision légale, et ne pas laisser filer les six ans de validité de l'attestation de stage. Le reste est une question de régularité.